Sur un tas de cendre humaine une poupée est assise
C'est l'unique reliquat, l'unique trace de vie.
Toute seule elle est assise, orpheline de l'enfant
Comme autrefois elle l'était parmi les jouets
Auprès du lit de l'enfant sur une petite table
Elle reste assise ainsi, sa crinoline défaite,
Avec ses grand yeux comme en ont toutes les poupées du monde
Qui du haut du tas de cendre ont un regard étonné
Et regardent comme font toutes les poupées du monde.
Pourtant tout est différent, leur étonement diffèrent,
De celui qu'ont dans les yeux toutes les poupées du monde
Un étrange étonnement qui appartient qu'à eux seuls,
Car les yeux de la poupée sont l'unique paire d'yeux
Qui de tant et tant d'yeux subsiste encore en ce lieux,
Les seuls qui aient ressurgi de ce tas de cendre humaine,
Seuls sont demeurés des yeux les yeux de cette poupée
Qui nous contemple à présent, vue éteinte sous la cendre,
Et jusqu'à ce qu'il nous soit terriblement difficile
De la regarder dans les yeux.
Dans ses mains, il y a peu, l'enfant tenait la poupée,
Dans ses braas, il y a peu, la mère portait l'enfant,
La mére tenait l'enfant comme l'enfant la poupée,
Et se tenant tous les trois c'est à trois qu'il sucombèrent
Dans une chambre de mort, dans son enfer étouffant.
La mère, l'enfant, la poupée,
La poupée, l'enfant, la mère.
Parce qu'elle était poupée, la poupée eut de la chancce.
Quel bonheur d'être poupée et de ne pas être enfant !
Comme elle y étais entrée elle est sortie de la chambre,
Mais l'enfant n'était plus là pour la serrer contre lui,
Commme pour serrer l'enfant il n'y avait plus de mère.
Alors elle resstée là, juchée sur un tas de cendre,
et l'on dirait qu'alentour elle scrute et qu'elle cherche
Les mains, les petites mains qui voici peut la tenaient.
De la chambre de la mort la poupée est ressortie
Entièrement avec sa forme et son ossature,
Ressortie avec sa robe et avec ses tresses blondes.
Et avec ses grands yeux bleus qui tout pleins d'étonement
Nous regardent dans les yeux, nous regardent, nous regardent...
Moshe Schulstein